Michel Delpech : L’album « Comme vous » Chapitre 10

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Ainsi donc nous avons changé de studio. les enregistrements de l’album Comme vous sont terminés, à part une voix et des choeurs sur Elle ne passera pas un hiver de plus iciir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B01AMX765G et la flûte magique de Y-a-t-il une fille pour l’épouserir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B01AMX76TM.

Nous allons attaquer le mixage de l’album. C’est une partition délicate à jouer. C’est le rôle de l’ingénieur du son élu pour mixer, aidé des oreilles des réalisateurs exigeants que nous sommes Michel et moi.

Nous voilà donc dans le ventre du mythique studio Ferber.

Michel Delpech : L’album «  Comme vous » 

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Chapitre 10 : Le Mixage

 

Un peu d’histoire :

Situé tout près de la porte de Bagnolet, ce studio a été créé en 1973 par René Ameline, célèbre ingénieur du son officiant avant aux studio Davout, Paris 20 ème également.

Le studio Ferber a enregistré et/ou mixé des albums pour un grand nombre d’artistes prestigieux. Je vous en donne quelques uns à la volée : Souchon, Aubert, Bashung, Mathieu Chedid, Vanessa Paradis, Gainsbourg, Biolay, Catherine Deneuve, Jean Michel Jarre, Gabriel Yared…

Sans oublier Cabrel qui en sortira ce qui me semble être son plus bel album : Samedi Soir Sur la Terreir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B013CPU1VM et Christophe bien sûr qui a écrit une jolie page de l’histoire de ce studio avec la plupart de ses albums des années 70 (réalisés par René Ameline d’ailleurs), je parle notamment des albums Les Mots Bleusir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B00BAY8YRG et Paradis Perdusir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B00BAY8YPS

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La légende dit que parfois au milieu de la nuit on y croise Christophe, tout de cuir vêtu, rôdant dans les couloirs souterrains du studio.

Les artistes choisissent cet endroit pour la qualité de son acoustique et son matériel – que l’on appelle  maintenant Vintage – ultra performant, analogique. Des vraies consoles « vivantes » avec des lampes dedans qui chauffent, du matériel qui a une âme et du caractère.

Je ne vais pas entrer dans des détails trop techniques mais sachez simplement que nous avions enregistré sur une console numérique et avions besoin d’ajouter un peu de chaleur analogique à nos chansons. Le choix de Ferber a été une évidence.

Cela faisait plus de route quotidienne pour Michel Delpech mais il pouvait se permettre d’arriver vers 14 ou 15 h. Il n’avait pas besoin d’être aussi présent qu’au studio Acousti.

De mon côté j’avais une chambre d’hôtel à Vincennes, ce qui me permettait d’être près du studio et d’y arriver vers 10 ou 11 heures.

Celui à qui nous avons confié la responsabilité du mixage n’est autre que le patron du lieu, le fondateur de ce temple de la musique, René Ameline.

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René Ameline a commencé a travailler en tant que plus jeune ingénieur-son de France en enregistrant «  Wight is Wight ». Plus tard c’est lui qui a mixé « Pour un flirt » , c’est dire si Michel et lui se connaissaient bien et avaient pas mal de souvenirs ensemble.

René était l’ingé-son incontournable des années 70. Il était sur tous les disques qui marchaient en France. René avait eu mille vies. J’aimais énormément parler avec lui. Il était passionnant et humble. Je suis retourné le voir de temps en temps pour déjeuner avec lui, bien après le mixage de « Comme vous ».

René Ameline s’est éteint en 2014. Beaucoup d’ingénieurs-son lui doivent énormément. Il en a formé plus d’un. C’était un type hors normes qui a donné sa vie entière pour un métier exceptionnel.

Le mixage d’un album :

Pour la plupart d’entre vous, le mot mixage reste un mot mystérieux souvent entendu quand on parle de disque, et comme on utilise le même mot pour un D.J et ses deux platines 33 tours, je me permets ici quelques explications.

Pour schématiser, mixer un enregistrement c’est remettre à plat tout ce qui a été enregistré piste par piste, instrument par instrument, sans toucher la qualité de celui-ci, et tout remonter pièce par pièce en l’améliorant.

C’est aussi mettre en avant certains instruments plutôt que d’autres, par exemple plus de guitares électriques et moins de piano etc…

C’est aussi sublimer la voix du chanteur en l’égalisant au mieux et lui donner un sens par rapport à l’ambiance d’une chanson.

Et enfin c’est faire en sorte que toutes les chansons aient le même son pour apporter plus de cohérence à un disque.

Pour cela un ingénieur du son qui mixe un album doit apporter sa propre patte sans oublier d’écouter les volontés du réalisateur.

Un mixage reste un travail d’équipe et de patience car bien mixer un album prend du temps.

Le plus difficile est de respecter les enregistrements quand ils sont bons ( et sur Comme vous Christophe Marais avait mis la barre haute, ils étaient impeccables) et ne pas les dénaturer mais essayer de les sublimer.

Nos premiers pas au studio Ferber:

Tout est prêt, René est derrière la console, assisté de Laurent Binder, qui, peu de temps après volera de ses propres ailes, c’est d’ailleurs lui qui a enregistré l’album « Sexa » au studio Gang.

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Christophe Marais n’est pas loin, c’est notre ingénieur du son, il suit l’histoire avec passion.

Maître Ameline découvre les chansons. Il les aime bien, c’est bon signe.

Michel est ravi de retrouver son vieux complice des années 70, c’est rassurant pour lui. Il sait que le mixage sera bon. Il nous faut juste être là pour donner la direction. Plus de ceci, un peu moins de cela, et surtout que rien ne nous échappe.

Pour chaque titre mixé, nous demandons une copie sur CD avec trois versions différentes de volume de voix. Nous allons tous les deux dans ma voiture car nous avons décidé que c’est là que le son est le meilleur. Nous passons pas mal d’heures assis dans la voiture sur le parking devant le studio, à écouter encore et encore et faire des choix.

Les pauses déjeuner/diner au bar du studio sont des délices de discussions avec l’ami René, mais aussi avec Jean Christophe Le Guennan, le second patron du studio.

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René et Jean Christophe, très complices et complémentaires.

Au bar nous croisons quelques artistes enregistrant au studio A , celui ou l’on enregistre les rythmiques, jusqu’à 60 musiciens possible, et une acoustique « made in Ameline » imbattable.

Benjamin Biolay prépare un album avec son épouse (de l’époque) Chiara Mastroiani. Nous passons de très bons moments avec eux pendant une dizaine de jours. Benjamin est fan de Delpech et je crois qu’il aurait aimé réaliser pour lui. Je garde en mémoire de belles discussions entre musiciens et une Chiara très sympathique.

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Home, l’album Biolay/Mastroiani

ir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B000RZORNEMichel et moi sommes assez sensibles aux ondes, bonnes ou mauvaises que l’on peut ressentir dans certains lieux. Au départ nous ne sommes pas très à l’aise dans l’étroit couloir qui mène au studio B, et puis il n’y a pas de lumière du jour et ça nous manque, alors dès que possible nous remontons vers le bar pour prendre une dose de vitamines D.

Le mixage de Comme vous :

Une fois le studio apprivoisé, c’est avec bonheur et un peu d’angoisse tout de même que nous allons participer à ce mixage.

Un peu d’angoisse car, même si nous faisons confiance à l’ami René pour mener à bien cette opération, nous savons aussi qu’un manque d’inattention peut faire basculer l’album dans une direction que nous n’aurions pas choisie. Donc vigilance extrême !

Au bout de quelques jours d’écoute, car c’est notre seule activité à vrai dire, nos oreilles commencent un peu à fatiguer, les doutes s’installent : «plus de voix? moins de reverb? t’es certain? fais moi confiance..etc » 

René, derrière sa console, est imperturbable mais je sens qu’il a un penchant pour les instruments acoustiques et du coup il a tendance à sous-mixer les guitares électriques.

Ça ne me convient pas. Je trouve les mots pour lui expliquer ce que je veux. René comprend et rectifie. Par contre je reste encore plus vigilant et m’oblige à venir du matin au soir, parfois même jusqu’à tard dans la nuit, car je veux que rien ne m’échappe.

Michel est plus absent. Des obligations avec sa maison de disque le tiennent souvent éloigné du studio. Il arrive dans l’après midi. Il écoute , et parfois la direction prise depuis le matin ne lui plaît que moyennement. On recommence…. Il doute beaucoup et plus la fin de l’album approchera puis il doutera.

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Michel Delpech a plus d’expérience que moi en matière d’albums évidemment, ce qui m’oblige à l’écouter, mais à la fois il peut aussi tomber dans des vieux réflexes et manquer de fraicheur.

Un exemple : Dans 80 % de ses tubes sa voix est très réverbérée, à cause de l’effet mis au mixage, appelé REVERB, dont les chanteurs ont usé et abusé pendant quelques décennies. Les pires des Reverb utilisées étaient celles que l’on employait dans les années 80, ce qui fait que pas mal de chansons des années 80 ont vite vieillies contrairement à celles des années 60.

Ma volonté initiale en réalisant Comme vous était de supprimer au maximum un trop long vibrato dans la voix du chanteur, le faire chanter dans des tonalités assez basses, et éviter les «reverb »  le plus possible.

L’exemple type de morceau réalisé comme je l’entendais restera sans doute Cet homme est seulir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B0115J1TDG .

Pendant le mixage, Michel demandait plus d’effet sur sa voix à René. Ce dernier n’osait pas dire non, et j’étais obligé de négocier avec les deux pour obtenir le résultat voulu.

Je pense que Michel avait peur. Il craignait que sa voix ne soit pas assez belle et parfois pas assez reconnaissable.

Je lui disais : « Je crois que tu n’as pas le recul nécessaire, mais la reconnaissance de ta voix n’est ni un problème de niveau de reverb ni une question de vibrato. Tu as la chance d’avoir une voix reconnaissable même quand tu parles, alors ne t’en fais pas. Par contre il est primordial qu’on ne sorte pas de ce qu’on voulait au départ, à savoir, des chansons qui racontent une histoire, et si on noie tout dans la reverb, la compréhension des textes s’en ressentira ».

J’ai eu du mal à lui faire accepter tout ça mais au bout du compte on a eu un bon résultat sur l’ensemble.

Sur certains titres je n’ai pas eu gain de cause, comme par exemple sur Solidaire de mes frèresir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B01AMX78GS où une reverb métallique sur la voix de Michel me dérange car elle fait siffler les « s ». Lui ça ne le dérangeait pas et il était plutôt content de ce son de voix…Finalement c’était son album…

Côté musique, à part la légère « tendance acoustique » de Monsieur Ameline, rien à dire. Les enregistrements de Christophe Marais étaient respectés et sublimés.

Les musiciens étaient aussi respectés. Ceux que nous avions choisis n’auraient pas aimé entendre leur instrument déformé ou trahi.

Je suis le seul à en avoir déformé un, et je le regrette.

Je n’aimais pas la réalisation de La course du voyageurir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B010Y2Q8X6 et ce n’était la faute de personne, si ce n’est la mienne. J’avais un truc en tête et je n’ai pas réussi à le réaliser et/ou l’expliquer aux musiciens. Je raconterai cela plus précisément  quand j’écrirai les articles « histoires de chansons » (avant fin 2018) où je détaillerai chaque chanson de sa création à sa promotion.

C’est donc au studio Ferber, le jour où l’on a mixé La course du voyageurir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B010Y2Q8X6 où j’ai pris sur moi de totalement modifier le son de batterie de l’ami David Maurin. Et en plus de ça, j’ai moi même ajouté une caisse claire (jouée comme un bourrin que je suis) pour doubler le son.

J’ai aussi demandé à René de mixer le son de Shaker (percussion) très fort. Résultat moyen mais j’avais l’impression de sauver la chanson. Quand David Maurin a écouté l’album, il était ravi, mais quand La course du voyageurir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B010Y2Q8X6 a démarré il m’a regardé de travers dès les premières mesures. Le son de sa batterie avait été charcuté et il n’était pas content. Normal… Je lui ai présenté mes excuses mais le mal était fait.

A la fin de l’écoute, il m’a dit : Laurent, pourquoi ne m’as tu pas appelé? Je serais revenu jouer une batterie avec plaisir… C’est trop bête.

Je n’ai pas osé. Nous n’avions plus beaucoup de temps, il fallait avancer. Personnellement je trouve la version live de cette chanson bien meilleure.

Les derniers enregistrements à faire:

Comme je le raconte dans le chapitre 7  il nous restait un instrument à caler dans la chanson Y-a-t-il une fille pour l’épouserir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B0115J3RI6. C’est donc Michel Gaucher qui nous a  sauvé avec sa flute magique et son talent.

Michel Delpech: L’album « Comme vous » chapitre 7- part 2

Côté voix, le texte étant enfin terminé – merci Pierre Grillet – Michel Delpech allait enfin pouvoir enregistrer sa voix sur Elle ne passera pas un hiver de plus iciir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B0115J3LW8.

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La séance a été assez rapide. Michel a posé sa voix, moi les choeurs. Christophe Marais était là pour les prises. Les puristes se rendront certainement compte de la différence de voix par rapport aux autres chansons…Autre lieu, autre son…

Les titres les plus difficiles à mixer furent Cet homme est seulir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B0115J1TDG et Sortie de couple (avec Paul et bérengère)ir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B0115J2O1M. Il suffisait de peu pour qu’on perdre l’ambiance de la chanson, alors René, Michel et moi avancions à pas de loups dans la plus grande concertation.

Nous avons passé des moments merveilleux dans les entrailles de Ferber. Quelques tensions dues à la fatigue et au trac sont venues s’installer de temps en temps mais à l’écoute de l’album enfin mixé, nous étions tellement heureux et fiers.

Nous n’avons rien lâché. Peut être des choses nous ont elles échappées ? Peut être aurait on pu faire mieux? Peu importe, nous avions entre les mains le mixage terminé d’un album qui ressemblait de très près à ce que nous avions en tête au départ.

Un disque cohérent, un peu conceptuel mais sans le vouloir vraiment, un disque d’auteur pour plaire à Michel Delpech, un disque de mélodiste pour me plaire, un disque de musiciens et d’ingénieurs du son. Un disque à l’ancienne et un label qui nous fait confiance.

Il nous restait le mastering , la pochette et le livret à faire, et c’était bientôt la grande aventure pour l’ami Michel.

Il avait un album qui lui plaisait entre les mains, des chansons qui lui collaient à la peau, un  disque dans lequel il  avait laissé beaucoup d’ énergie. Nous allions le peaufiner ensemble et ensuite il allait le défendre.

Je savais que peu de temps après j’allais devoir prendre du recul, même si j’étais (et suis toujours) très attaché à Comme vous, mais j’avais la certitude que le chanteur expérimenté qu’il était se jetterait corps et âme dans la bataille promotionnelle de cet album.

Alors j’étais rassuré…. Ce que j’ignorais encore c’est que je l’accompagnerai sur toutes les dates de promo (TV-Radio-Concerts).

Encore une fois, un grand Bravo à tous ceux qui ont participé  à cet album.

 

 

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