Journée magique et émouvante à la maison « perce-neige » de Baracé (49)

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Odette et Lino Ventura

C’est de Saumur où j’étais intervenu la veille chez Perce-Neige que je suis arrivé à Baracé. Autre maison «  perce-neige », même population, aussi chaleureuse et joyeuse.

Le matin je suis allé récupéré mon matériel à Bagneux Saumur, juste à temps pour saluer mes copains qui partaient en activité. 50 minutes après j’arrivais dans cette belle demeure du Maine et Loire, inaugurée par Odette Ventura, Jean Claude Brialy et Michel Drucker en 1994.

Les Ventura avaient leur propriété à Baracé et ont donc créé une maison perce-neige près de chez eux. Ainsi leur fille, résidente, a pu intégrer cette maison nouvelle ( je crois qu’avant elle était à Sèvres) avec ses parents comme voisins.

Perce-Neige :

On parle souvent de Lino Ventura, fondateur des maisons « perce-neige » et les gens ont tous en mémoire ce cri du coeur télévisé en 1965, mais on parle rarement de sa femme Odette. Après la naissance de l’association en 1966, Lino a réussi, à force de courage, en se servant de sa notoriété, à faire reconnaître l’association d’utilité publique, à inaugurer la première maison »perce-neige » en 1982 à Sèvres.

Lino a beaucoup communiqué pour essayer de changer le regard des hommes envers les personnes souffrant de handicap. Le combat était rude, les voisins à Sèvres étaient hostiles à l’implantation d’une maison.

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06/12/65 Lino Ventura

On parle moins d’Odette Ventura, sa femme qui a oeuvré dans l’ombre de son célèbre époux toute sa vie et jusqu’au bout.

Comme disait Lino « je ne suis que l’attaché de presse, tout le travail est fait par Madame Ventura » selon les propos rapportés par leur fille Clélia.

J’ai eu l’occasion, ce jeudi à Baracé de discuter un peu avec le directeur de l’établissement, Florent Buguet. Nous étions d’accord sur le fait qu’Odette et Lino ont ouvert une porte immense pour essayer de « changer les regards » mais que beaucoup reste encore à faire.

L’association « perce-neige » est devenue la fondation « perce-neige » depuis un an. Celle-ci existe sur fonds propres de la famille Ventura et grâce aux dons. Christophe Lasserre Ventura, petit fils d’Odette et Lino la préside.

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Odette

Je le constate au quotidien, quand je parle de « foyers de vie  occupationnels » la plupart des gens n’ont pas la moindre idée de ce que c’est. Idem pour les foyers médicalisés ou les maisons d’accueil spécialisées.

Il faut dire que les médias ne se pressent pas pour communiquer sur le handicap mental, les politiques non plus d’ailleurs.

France 2 a ouvert une porte en laissant récemment la jeune Mélanie présenter la météo à la fin du JT, c’est un bon début.

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Fort heureusement les mentalités ont évolué et les regards posés sur le handicap ont changé, pas assez hélas.

Cela dit quand je parle de « perce neige », les gens me disent : « Ah oui , ce qu’a créé Lino Ventura ».  C’est déjà ça…

Les résidents souffrant de handicap mental vieillissants n’ont pas beaucoup de choix. Les structures sont rares. Perce-neige a ouvert une « maison des aînés ».

Les trisomiques vivent de plus en plus vieux, j’en croise de temps en temps dans les EHPAD. Ils ont tendance à rester entre eux. Ils sont souvent rejetés par la génération des 85/95 ans.

Il y a 60 ans, avoir un enfant trisomique était considéré comme une punition divine. C’était l’oeuvre du diable. On cachait ces enfants « pas comme les autres » et on en avait honte. « Qu’ai-je fais au bon Dieu pour mériter cela? ». Ce n’est pas étonnant que les anciens les rejettent encore, question d’éducation, question d’époque… D’où l’importance de créer des structures accueillant les résidents vieillissants comme le foyer Jean Faveris à Paris que je connais bien (association les jours heureux).

Je vous renvoie vers le site « perce-neige » où vous trouverez toutes informations complémentaires et utiles:

https://www.perce-neige.org

Je vous laisse aussi le lien de l’association Lino Ventura créée par son épouse en 1995 , actuellement présidée par son fils Laurent.

http://www.association-linoventura.org

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la maison de Baracé vue du parking

L’animation Joyeuse de jeudi :

Je suis arrivé vers 11h30 car il était prévu que je déjeune avec les résidents. En entrant dans la maison, il y avait comme une ambiance de discothèque. Au son de « Gitano Gitano » je me suis dirigé vers la salle de restauration et là j’ai vu les résidents en train de danser follement, musique à fond la caisse, et ça chantait, et ça riait!

Je suis donc entré dans la pièce en esquissant un pas de danse ou deux, et mes amis présents se sont un à un arrêtés de danser pour venir me saluer.

Parmi eux, Vincent : «  Ah Laurent mon ami! ça me fait bien plaisir de te voir » , Delphine : «  Bonjour Laurent, tu sais j’ai toujours ta photo » et Linda « Oui Bonjour Laurent je suis contente ».

Linda qui aussitôt me prend par la main et m’emmène voir les nouvelles choses exposées dans le couloir,  dessins, photos… Touchante et douce Linda. C’est quand même grâce à elle et à ses parents que tout cela  existe.

En attendant l’heure du repas je suis allé installé ma sono dans la salle d’animation. C’est dans un autre bâtiment tout en bas de l’immense parc. Vincent m’a accompagné et m’a surtout aidé. J’aime bien Vincent. C’est un garçon intéressant qui connaît beaucoup de choses et j’ai toujours plaisir à discuter avec lui. Nous avons donc causé ensemble pendant que je branchais mon matériel. Vincent m’a d’ailleurs appris qu’il était le cousin de David avec qui j’avais chanté du Roch Voisine la veille à Saumur.

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Maison principale vue de l’annexe
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Annexe dédiée aux animations et activités
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Odette Ventura à l’inauguration de l’annexe

Une fois la sono réglée, nous nous sommes retrouvés autour d’un bon repas préparé par le chef cuisinier de chez « sherpas » ( et oui j’étais là pour leur compte aussi), canard à l’orange, purée pommes de terre/céleri.

J’étais attablé avec Cyril, nouveau résident, assez bavard, très sympa et très attachant, Amandine qui me sourit tout le temps et Guillaume très souriant aussi. J’avais donc une excellente place.

Chez « perce-neige » personne ne se fait servir, tout le monde se bouge pour aller chercher les plats, les débarrasser, et nettoyer les tables après le repas.

Le repas était calme jusqu’au dessert où c’est parti en vrille après que Delphine ait renversé sa compote. Et là j’ai assisté  à un « Jeté de serviettes de table dans tous les sens », les référants étant les premiers à se faire plaisir, les résidents n’étant pas en reste, et moi, spectateur de cette joie collective qui me rappelait mes années « colonies de vacances » et certaines batailles de polochons ou lancés de petits suisses avec les « monos ».

J’ai adoré ce moment de délire au restaurant. Je note qu’ils ont eu la délicatesse de m’épargner lors des jets de serviettes mouillées ou « salement compotées ». Dommage j’aurais bien participé…

Après cet échauffement festif, les résidents ont dû patienter 30 minutes avant de descendre vers l’annexe pour faire la fête avec moi. Vu leur état d’excitation au moment du dessert, je crois que ces 30 minutes ont été salvatrices.

Puis l’heure est enfin arrivée. J’ai donc suivi de loin tout ce joli monde qui descendait l’allée à travers le parc. Malika s’est retournée, a pensé que j’étais à la traine, alors elle m’a attendue gentiment et nous avons fini le chemin ensemble… Merci Malika pour ce joli moment.

Tout le monde s’est installé dans la salle, sauf mon copain Yohann, qui lui, a préféré resté assis à l’entrée, ce qui est déjà un beau cadeau qu’il me fait car Yohann n’aime ni le monde, ni le bruit…Mais de mémoire de l’an passé il est incollable sur les paroles des chansons. J’aime beaucoup cette personne. Yohann est très surprenant.

Ensuite il y a eu, comme la veille à Bagneux et comme souvent dans les foyers, ce que j’appelle «  Le calme avant la tempête », ce moment de grâce où le silence règne en maître, quand  je passe la sangle de la guitare autour de moi, que j’accorde l’instrument, ou encore quand j’accroche le système HF à ma ceinture.

Pendant ce temps qui semble suspendu, j’ai le loisir d’observer tous ces visages qui me fixent et là il se passe un truc, je ne saurai pas dire quoi exactement… J’ai l’impression que c’est à ce moment là où il règne un silence monastique que nous faisons vraiment connaissance.

Ensuite, les potards à fond, le chant à fond, les mains sur la guitare à fond, les résidents à fond, les référants à fond, pour plus d’une heure de chants et de danses.

Côté danse, il y a de sérieux clients à Baracé. Même des slows où ils s’invitent avec tendresse. J’étais très ému de chanter et jouer au milieu de ces beaux danseurs du jeudi, très touché par leurs applaudissements et par le coeur qu’ils mettent à chanter le mieux possible avec moi.

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Très ému aussi de chanter « Chez Laurette » au milieu des danseurs de slow, en deuxième rappel. Un bel hommage à l’ami Michel qui aurait sans doute aimé être des nôtres.

Nous avons chanté des airs pas si faciles à chanter et franchement ils tiennent la cadence les résidents de Baracé.

Jérome, Delphine, Malika, Lucie, Franck, Alain, Bruno, Magali (qui fait des jolis gestes avec ses bras quand elle chante), Vincent, Cédric, Cyril, Guillaume, Yohann, Amandine… et j’en oublie je suis désolé, vous m’avez tous bien fait plaisir. Jeudi j’étais heureux et fier d’avoir chanter avec vous!

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Un mot sur l’ami Cédric, le percussionniste de la maison. L’an passé Cédric m’avait accompagné de belle manière en tapant sur son djembé. Cette année, il s’est contenté d’une chaise à l’assise en bois pour rythmer certains titres de Bob Marley et Michel Fugain. Cédric est doué, vraiment doué, il garde le rythme, il accélère quand j’accélère, ralentit quand je fais de même, il nuance, il syncope et ne loupe aucun final de chanson. Très à l’écoute, concentré, c’est un vrai bonheur de jouer avec lui.

Nous avons terminé avec « Il est ou le bonheur », titre dont, à Bagneux mercredi et à Baracé jeudi, nous avions une certaine idée de la réponse.

Je me suis hâté pour remballer mon matériel, avec l’aide de Yohann, seul résident resté auprès de moi pour papoter, la salle étant redevenue un endroit calme et paisible.  Yohann m’a demandé mon adresse postale pour pouvoir m’écrire si je le voulais bien. Evidemment je veux, je serai ravi de recevoir du courrier et d’y répondre. Franck et Vincent m’ont fait la même demande. J’ai donc laissé mon adresse au secrétariat.

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Une fois le matériel plié et chargé dans la voiture je suis remonté à la maison principale où tout le monde m’avait attendu pour trinquer avec moi et me faire goûter le délicieux jus de pomme maison. Cela aussi j’ai trouvé que ça ne manquait pas de classe! M’attendre au moins trente minutes alors qu’ils avaient tous soif.

Après le jus de pomme, séance de dédicaces des nouvelles photos que j’avais amenées pour eux. C’est un rituel entre eux et moi.

Puis vint l’heure de nous quitter et nous donner rendez vous l’an prochain.

Au moment de partir, alors que je prenais un petit café-cigarette devant l’entrée de la maison, avec quelques résidents et quelques référants, une résidente ( je crois que c’est Lucie) me dit : «  Y a pas eu de chansons de Patrick Bruel » … Devant sa bouille déçue, je n’ai pas pu faire autrement que de retourner chercher ma guitare dans la voiture… et hop un Bruel suivi de deux ou trois Edith Piaf, ensemble, en acoustique…

Nous avons même terminé avec « the passenger » d ‘Iggy Pop, morceau phare idéal pour les « lalala la lalalala » joyeux et enthousiastes . Un moment délicieux pour conclure cette magnifique journée de rêve.

Et là nous nous sommes vraiment dit « au revoir ». C’est à cet instant que Delphine est venue vers moi avec un papier à la main – un dessin et une signature – en me disant : «  Laurent, comme tu m’as fait une dédicace je t’en fais une aussi… » Merci Delphine, ta dédicace est depuis sur mon bureau, comme promis.

J’ai repris le volant pour attaquer les 300 km qui me ramenaient chez moi, le sourire aux lèvres, et l’image de Guillaume courant vers le parking, les bras ouverts en faisant « lalalala », pour une ultime accolade, restera longtemps dans mon coeur.

Un grand bravo aux référants. Malgré la charge de travail et les responsabilités que vous semblez avoir, vous n’êtes pas avares de jolis gestes envers les résidents. Vos yeux bienveillants font plaisir à voir.

Merci à tous pour votre accueil. A vite j’espère!

 

 

 

 

 

 

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