Michel Delpech : L’album « Comme vous » chapitre 3

 

Ainsi donc nous voilà en Studio d’enregistrement! Heureux comme des rois! Ce sera donc l’objet de ce troisième volume de la Saga Comme Vousir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B000E0W3LA de Michel Delpech.

Je vous remercie pour l’intérêt que vous avez porté aux  deux premiers chapitres relatant notre rencontre et nos premiers pas vers cet album.

J’écris ces lignes avec la mémoire encore fraîche. Cette mémoire dans laquelle résonne bien souvent le rire de mon ami disparu il y a bientôt deux ans.

J’espère qu’à travers ces écrits vous connaîtrez un peu mieux les coulisses de cet album mais aussi l’homme qu’était l’ami Delpech.

 

Michel Delpech, l’album « Comme vous » 

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Chapitre 3 :

L’entrée en studio :

Nous avons 14 chansons en poche, certaines totalement finies (paroles et musique), d’autres un peu moins abouties sur le papier.

Je rappelle que nous avons pré-produits 3 chansons en entier avec la voix du chanteur (voir chapitre 2). Le reste étant des « maquettes maison » avec ma voix, ou pire encore des départs sur dictaphone.

Les moyens nécessaires pour prendre son temps en studio dépendent de la notoriété de l’artiste.

Michel  a connu l’époque bénie des succès à répétition et des budgets confortables pour faire un disque.

Nous sommes en 2004, et déjà dans l’ère du « home studio », même pour des albums définitifs. Les ventes d’albums sont en chutes libres et du coup les maisons de disques n’ont plus les mêmes moyens.

Malgré tout, le bénéfice de la notoriété de Michel Delpech nous offre une semaine pour les rythmiques (deux titres par jour), un bon mois pour les instruments additionnels plus les voix, deux bonnes semaines de mixage et nous aurons même le droit à plusieurs essais de Mastering. Ce qui est énorme!

Ce sont toutes ces étapes que je vais vous détailler ci – dessous.

En entrant dans le studio Acousti, nous sommes moralement à deux cent pour cent chacun, avec une pression tout de même, chacun la sienne.

Michel Delpech va devoir porter et défendre cet album, et quelque part il n’a pas droit à l’erreur.

Il me dit : «  C’est un métier où l’on t’oublie vite si tu te plantes. Tout Delpech que tu es… » 

De mon côté la pression est sévère mais j’essaye de la rendre positive au maximum.

Je sais que j’ai un budget alloué, certes large, mais il est hors de question de le dépasser. Mon rôle est d’engager les musiciens, de négocier les cachets, de les mettre en relation avec la maison de disque, de planifier les séances d’enregistrement et de faire des choix artistiques.

Fort heureusement nous sommes deux pour donner une direction, et branchés sur la même longueur d’ondes. Michel a la foi, il aime ces chansons là, il va se battre, il va co-réaliser ce disque avec moi.

Nos atouts principaux pour mener à bien ce projet sont: La discussion, la franchise et l’honnêteté.

Important pour nous deux, cette complicité amicale basée sur la franchise.

On pouvait tout se dire, même les choses qu’on n’a pas envie d’entendre. Le peu de désaccords que nous avons pu avoir finissaient par une bouderie de dix minutes (que ce soit lui ou moi) et c’était tout.

La priorité absolue était cet album à faire naître dans les meilleurs conditions possibles.

 

lenregistrement des rythmiques

C’est l’enregistrement des instruments de base, en général Batterie, Basse, Guitares, Claviers. Les rythmiques sont ce qui fait la trame de la chanson. Une fois celles-ci enregistrées, le tempo ne bouge plus, la tonalité non plus. C’est pourquoi il est important de bien prévoir ce que l’on veut à l’avance et de planifier tout ça.

L’enregistrement des rythmiques est donc en route.

Pour être tout à fait honnête une journée de studio coûte horriblement cher mais je décide qu’il est utile de  prévoir large pour les rythmiques, et si jamais par bonheur elles nous font gagner un peu de temps, on garde les séances pour avancer sur les voix.

Pour ce faire, Michel m’épaule dans mes relations avec ceux qui détiennent les cordons de la bourse.

Côté diplomatie, en 2004, je ne suis pas fortiche… C’est grâce à ce travail de réalisation et aux bons conseils de mon ami que j’ai appris et suis peut être devenu plus sage, plus tolérant…

Je lui ai souvent reproché de ne pas assez taper du poing sur la table quand ça me paraissait nécessaire. Sa réponse fut  toujours la même:

«  On n’impose pas ses idées avec des gants de boxe! » 

Il  a certainement usé de beaucoup de diplomatie pour atteindre ses objectifs pendant ses  50 ans de carrière.

Mais revenons à nos enregistrements.

Tout est prêt. Christophe Marais, notre ingénieur du son est dans la place, derrière la console du studio A, chez Acousti.Capture-d’écran-2017-11-09-à-12.47.00-300x180

La pièce prévue pour jouer les rythmiques a une acoustique parfaite . Alain, le patron du studio en est assez fier et il a raison de l’être. Peu de studios Parisiens ont cette qualité acoustique.

Il y a le Studio Ferber, le studio Gang, le studio Pigalle (où j’enregistrerai mes propres chansons quelques années plus tard) et bien sûr le studio Davout (fermé maintenant)

Le planning des musiciens est prêt depuis quelques semaines. Les musiciens arrivent au studio vers 10 ou 11h du matin. Ils sont accueillis par un café-croissants, prennent leurs marques, installent leur matériel consciencieusement, puis c’est l’heure du « briefing ».

Ce n’est jamais simple de diriger des musiciens bien meilleurs que soi même.

Pour moi ça revenait à leur dire : Écoutez ce que j’ai dans la tête, et reproduisez en y ajoutant vos idées et votre talent.

J’étais en confiance. Je savais que ces gens là allaient comprendre où nous voulions aller et qu’ils allaient nous étonner. Ce n’est pas seulement leur talent que l’on avait choisi, mais aussi leur culture. On savait que nous pouvions les embarquer dans cette aventure, que nous parlions le même langage.

Les influences musicales sont extrêmement déterminantes. Nous n’aurions pas fait le même album avec des musiciens qui n’auraient pas eu cette culture Rock-Folk Américaine.

Le fan de Bruce Springsteen que je suis a été très influencé par sa manière de faire. Le Boss présente ses nouvelles chansons, guitare sur les genoux,  avant de les enregistrer avec les musiciens de son groupe, le E.Street Band. Et c’est comme ça depuis 40 ans.

J’ai visionné « Blood Brothers » un nombre incalculable de fois. Dans ce DVD reportage, on peut y voir Springsteen et le E.Street Band en studio. La plupart des musiciens du « E. Street »  ne lisant pas la musique, ils fonctionnent à l’instinct, au feeling. Et le « Boss » leur distille les chansons au fur et à mesure de l’enregistrement.

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Je n’écris pas la musique, et si ça avait été le cas, je n’aurais pas pour autant changé ma méthode de travail.

Une guitare sur les genoux lors du brief matinal et : « Messieurs, voici les chansons du jour ».

Avec le batteur principal, David Maurin, c’était encore plus simple. J’aimais son état d’esprit, je connaissais son jeu (à travers son travail avec Keren Ann où B.Biolay) et je le savais fan de Max Weinberg, batteur du E. Street Band…

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Les plus jeunes musiciens comme les plus anciens (Gérard Bikialo, Denis Benarrosh et Bernard Paganotti) ont tous été  patients, à l’écoute et très respectueux des compositions.

Michel Delpech était quelqu’un de très respecté dans le monde de la musique, cela m’a bien aidé.

Je fais tourner une chanson, les musiciens prennent des notes. Tous très instinctifs, écrivent juste la grille d’accords ou la structure à leur manière.

Ils ont tous jouer le jeu, même s’ils sont capables de lire des partitions bien établies et réfléchies.

Faire appel à leur créativité les a sans doute séduits. L’album Comme Vousir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B000E0W3LA est donc aussi le leur et je leur serai éternellement reconnaissant d’avoir accepté cette manière de faire, ma manière de faire…

« Comme vous » a cette sonorité, cette âme particulière grâce à cette méthode aussi. C’est l’alchimie qui a fonctionné. Les musiciens, le studio, l’ingé-son, le chanteur et moi même.

Le système de base établi entre Michel et moi que je décris dans les chapitres précédents, à savoir            « travailler en copains », s’est prolongé à travers les enregistrements des rythmiques et jusqu’au mixage et au mastering. C’est ça la magie de cet album!

Nous faisons tourner la chanson dans le petit salon appartenant au studio, au milieu des croissants ou des plateaux de sushis selon l’heure. Au besoin nous écoutons les maquettes ou les pré-productions, pour nous repérer.

Dès que Michel et moi pensons que nous tenons quelque chose, nous enregistrons, et la première prise est souvent la bonne.

Je reviendrai sur chaque titre enregistré lorsque j’écrirai une série d’articles intitulés – histoires de chansons – racontant chaque chanson de cet album, de sa création jusqu’à son enregistrement et parfois sa promotion ou version live. Mais ça c’est pour l’année prochaine, le temps de rassembler quelques archives personnelles.

Pendant l’enregistrement des rythmiques, je suis dans la pièce avec les musiciens pour diriger et poser ce qu’on appelle dans notre jargon : les voix « témoins ».

J’explique:

A ce moment là je pense mieux connaître les chansons que l’ami chanteur. Je les ai chanté mille fois en les composant. Michel ressent le besoin de garder le maximum de  fraîcheur et de spontanéité  pour enregistrer les voix définitives. J’accompagne donc les musiciens en chantant à sa place.

Rien d’anormal à ça je vous rassure.

Le fait que je fasse les voix « témoins » (voix guides si vous préférez) lui permet d’avoir le recul nécessaire par rapport aux chansons. Il est derrière la console, très attentif, et je crois que c’est lorsque je les chante avec les musiciens qu’elles prennent vraiment forme dans sa tête et qu’il commence à se les approprier.

Michel Delpech a besoin de fonctionner comme ça. Je ne prends pas cette attitude comme de la flemme ou de la frime, d’ailleurs tout le monde au studio le prend comme moi, donc tout va bien.

L’essentiel étant que les musiciens aient la mélodie du chant dans leurs retours-casques.

N.B : Les voix de Michel enregistrées en pré production ont aussi servi de « témoins ».

Je fais une seule prise de voix. Si on doit refaire une rythmique, ma voix reste sur la bande pendant qu’ils jouent. Cela me libère pour rejoindre l’artiste derrière la console et ainsi pouvoir diriger ce qui se passe avec lui.

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Christophe, notre ingé-son, a posé les bons micros aux bons endroits, fait les bons réglages, les musiciens sont exceptionnels.

Tout va assez vite. Deux à trois titres par jour. Nous avons gagné le temps de peaufiner.

A suivre…

 

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