Michel Delpech: L’album « Comme vous » chapitre 8 – part 2

Michel Delpech jouait de deux instruments : de sa main droite pour l’écriture, et de sa voix pour magnifier ses textes.

Voici donc la 2 ème partie de ce chapitre 8 consacré aux enregistrements vocaux de Michel Delpech sur l’album Comme Vousir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B000E0W3LA.

Ses histoires écrites inspiraient les compositeurs. Ses histoires racontées en chantant devaient séduire le public.  Comme Vousir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B000E0W3LA prenait la direction d’un album d’auteur!

Dans cette seconde partie du chapitre 8, je ne détaillerai pas chaque prise de voix de chaque chanson. Je garde ça pour plus tard, quand j’écrirai « Histoires de chansons », série d’articles à travers lesquels vous saurez tout sur chaque chanson de cet album, de la création jusqu’à la promotion, en passant par l’enregistrement vocal de chacune d’entre elles.

Mais pour le moment je vais essayer de décrire l’ambiance générale des séances d’enregistrement des voix de M.Delpech. Avant que ma mémoire me joue quelques tours de « passe-passe », car l’histoire remonte en 2004, je fais au mieux pour rassembler mes souvenirs.

Le rire de mon ami résonne encore dans ma tête, beaucoup de ses mots, ses conseils, et quelques anecdotes viennent souvent me chatouiller la matière grise. Alors j’écris cette Saga, comme témoin de l’enregistrement de cet album atypique dans la carrière du chanteur.

Chaque lecture de chaque article est un hommage rendu à ce bel auteur interprète. Je vous remercie sincèrement pour les retours que vous me faites et les gentils commentaires que vous laissez.

Michel Delpech : L’album «  Comme vous »

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Chapitre 8 : Enregistrement de la voix

2 ème partie

 

  • Michel Delpech derrière le micro:

Il ne s’échauffait pas la voix. Pas de gargarismes et autres raclages de gorge. Pas de vocalises non plus.

Michel se posait mille questions avant de chanter, et deux mille après. Rarement pendant. 

Quand il se sentait prêt , il chantait . C’est tout.

Parfois c’était un besoin urgent. Il décidait que c’était le moment, il entrait en cabine et commençait à chanter. Dans ces cas là, il fallait que nos « ingé-son et assistant » soient dans la place, prêts à dégainer, des fois que la prise de voix magique soit celle-ci.

La nécessité des voix témoins:

J’en parle assez clairement dans le 3 ème chapitre. Sur la plupart des titres, c’est ma voix qui a servie de témoin sur la bande, non pas que le chanteur se faisait tirer l’oreille pour chanter mais il avait besoin de ce recul pour s’approprier pleinement les chansons dont nous étions les deux créateurs.

Michel Delpech : L’album « Comme vous » chapitre 3

Une fois les chansons assimilées avec ma voix ou pas, et à partir du moment où il avait décidé de les chanter, ça pouvait aller très vite.

Certaines chansons ont nécessité une seule prise, d’autres un peu plus.

Le record absolu du nombre de prises fut pour Cet homme est seulir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B0115J1TDG . Il n’arrivait pas à la chanter. Non pas à cause d’une difficulté mélodique, mais parce que le texte qu’il avait écrit ne lui convenait pas, ou plus exactement parce qu’il butait sur une phrase.

Les essais de voix ont duré très très longtemps, jusqu’au moment où il a décidé de changer une phrase du texte. La chanson avait enfin du sens pour lui, et, à partir de cet instant, il lui a fallu une ou deux prises pour que ce titre trouve enfin « sa robe juste » .

Je me souviens tellement bien de cet instant. Un des meilleurs moments de l’album mais aussi un des pires ! Je raconterai tout ça en détail dans la série d’articles : « histoires de chansons » bientôt sur ce site.

Pourquoi un des pires ? Parce que poussé dans ses retranchements, au coeur de la difficulté, la fatigue aidant, l’esprit de l’homme calme peut se travestir, et re-cotoyer ses anciens démons, ou employer des mots rudes… Nous sommes tous comme ça. Michel Delpech était comme nous, Comme Vousir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B000E0W3LA.

  • Les pires moments des séances d’enregistrement des voix:

La sincérité et l’honnêteté étant les maîtres mots de ces articles , je vais vous citer deux moments qui se sont mal passés. Deux souvenirs qui finalement ont bien tourné et donc restent des bons souvenirs.

«  Le pire moment »:   J’en parlais un peu plus haut, lors de l’enregistrement de Cet homme est seulir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B0115J1TDG . Michel est en cabine pour chanter, casque sur la tête.

Nous attaquons la séance le soir. Et la séance dure très très très longtemps (à cause de cette maudite phrase qui ne passait pas), si bien que nous nous retrouvons au milieu de la nuit, voire un peu plus, avec un Delpech courageux mais tendu derrière son micro, un Foulon qui fait son possible pour positiver et rester en éveil, prêt à bondir et valider la phrase magique, un Christophe Marais (ingénieur son) parti récupérer un peu sur le canapé du petit salon juxtaposant le studio, et un assistant, Ludovic, n’ayant qu’à appuyer sur 4 boutons : «  enregistrement, stop, écoute, rembobinage, etc…. » et cela des heures durant.

Sauf qu’ à un moment Ludovic pique un peu du nez et Michel le voit. Il sort de la cabine comme un fou furieux et me dit : Laurent je peux te parler?

Ok… Nous sortons fumer une cigarette pour discuter.

Je ne l’avais jamais vu comme ça. Il me dit : «  Le p’tit là (Ludovic), demain tu le remplaces !  Tu comprends c’est pas possible, il dort quand je chante…. » 

Après coup ça me fait sourire d’écrire ça. Ce n’est pas pour « balancer des saloperies »  sur mon ami croyez moi. Juste pour rendre compte d’un état qui peut être excessif quand on finit par être sur les nerfs par manque de sommeil, la pression de faire un album en temps et en heure, et le mieux possible.

Quand on s’investit comme Michel s’investissait pour ce disque qui lui tenait à coeur, et que l’on s’acharne une nuit entière à trouver le mot juste sur une chanson, le moindre détail peut vous faire exploser.

Suite de l’histoire: Je lui réponds qu’il est hors de question que Ludovic s’en aille, que c’est le meilleur assistant que l’on puisse avoir, et qu’il est juste pas loin de 4h du matin, que lui a la chance d’arriver au studio vers 12/14 heures mais que Ludo et Christophe sont là dès 9h quand ils ont la chance de rentrer chez eux pour dormir…

Et j’ajoute : « maintenant je comprends ta fatigue, ton usure, tes doutes. on fait une pause de 20 minutes. Tout le monde prend un café. et dans 20 minutes si tu as envie de t’y recoller on reste tous, sinon rendez vous demain, la nuit porte conseil. » 

Michel n’a pas dit un mot. Il est sorti faire un tour avec un café à la main, dans la rue de Seine enfin endormie à cette heure de « patachon ». Quand il est revenu, il m’a juste dit en souriant : «  Ok on y retourne, on va bosser, on va y arriver ».

Une heure après il trouvait enfin les bons mots. Deux prises de voix ont suffi à tous nous envoyer enfin dans les bras de Morphée… heureux de cette journée.

 

Le deuxième pire moment des séances de voix :

Michel n’arrivait pas à chanter un titre, je ne sais plus lequel. En fait ce n’est pas qu’il n’y arrivait pas , c’est surtout que ça ne me plaisait pas. Trop de vibrato dans la voix sur une chanson qui ne méritait pas ça ( je crois que c’est sur Jaloux!)

Michel me dit, au bout de pas mal d’essais, «  Là je crois que c’est bien. Laurent qu’en penses tu? » . A ce moment précis ce que je pense au fond de moi  c’est «  Ok t’en as marre Michel, tu n’y arrives pas, tu veux voir ça plus tard…etc..je ne sais quoi..mais ne me dis pas que c’est bien je t’en prie, pas avec un vibrato qui bave comme celui là… » . Ça c’est ce que je me dis en interne.

Evidemment , je ne peux pas lui dire ça, alors je pense trouver une formule plus directe. Et pour être directe elle l’a été. Je le prends à part et lui dit : « Michel , t’as pensé à prendre des cours de chant ? »

Bada boummm !!!!! tête de Michel interloqué, bouche bée!

Et moi d’insister avec la diplomatie qui me caractérise : « t’as un vibrato de vieux, on dirait Jean Sablon!» 

Re badaboummmmmmm! Tonnerre de Brest! que n’avais je pas dit là?

Deux réponses de sa part: «  Non mais tu sais à qui tu parles? Et mon vibrato c’est ma carte de visite »

Et je lui dit: « Justement, je sais . Je ne veux pas que tu tombes dans tes anciens travers, je ne veux pas que tu te reposes sur des acquis qui ne correspondent pas à cet album. Je veux, et tu veux que cette chanson soit chantée comme on s’était dit . Alors oublie ton vibrato et si c’est difficile , au moins, travaille dans ce sens..s’il te plaît.

Michel est parti bouder une dizaine de minutes, clope à la main. Quand il est revenu, il m’a dit: «  Ok Laurent t’as raison, je compte sur toi pour me faire bosser… mais tout de même, Jean Sablon, t’as été un peu fort non? ».

Je me suis excusé pour la « force « de mes propos .

Fin de l’histoire.

Plus tard , c’est devenu une source de rigolade entre nous. Quand il sentait qu’il chevrotait un peu trop, il me regardait et commençait à fredonner «  Insensiblement », célèbre chanson de Jean Sablon.

Les meilleurs moments des séances de voix:

Tellement de bons moments ! Difficile d’en citer un ou deux.

Alors au hasard, en voici un, ou deux…

Nous cherchions, pendant l’enregistrement, le bon endroit mais aussi la bonne personne pour mixer l’album. Autant vous dire que nous n’étions pas en avance sur le sujet.

Nous pensions que Christophe Marais pouvait le faire, mais il était en proie à des doutes sur ses propres capacités et cela ne nous rassurait guère. Aujourd’hui je pense encore qu’il était le plus qualifié pour cela… et Michel le croyait aussi.

Alors on cherchait  de notre côté et la maison de disques aussi.

Notre Label de production, AZ / Trema records, nous trouve deux personnes susceptibles de faire l’affaire. Deux ingé sons  très renommés pour le mixage. Nous les connaissons  évidemment, mais pas personnellement.

Le premier à se présenter était Steve Prestage. Grand nom du mixage qui a débuté comme assistant son sur un album de Peter Gabriel et a mixé tous les albums de De Palmas. Personnage très sympathique. Le seul hic est que Steve mixe direct sur l’ordinateur, seul… Et nous voulions une autre manière de travailler… alors nous ne l’avons pas retenu .

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Steve Prestage

Michel l’aimait bien.  Au moment ou Steve sort du Studio, il me dit : il est sympa Astérix! Mais n’avait il pas une grosse moustache avant?  Premier fou rire de la journée!

Quelques années plus tard c’est lui, Steve Prestage qui mixera mon propre album, au studio «  La chocolaterie » chez mon copain Manu Lanvin.. Il a mixé seul, devant l’ordi. De temps en temps il ouvrait une tablette de chocolat au lait ou un paquet de Pépito en buvant un Coca ou deux. C’est tout !

Cela dit il fait du très très bon boulot… et en plus il est sympa..Astérix.

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Le deuxième a se présenter comme « mixeur potentiel »  au studio Acousti pour écouter les chansons était un ingé son très en vogue sur la place Parisienne cette année là.

Chaudement recommandé par AZ records. Il se déplace donc pour nous rencontrer.

Michel était en pleine séance de chant. Nous sommes donc interrompus, mais c’était pour la bonne cause.

Pas un mot, l’air grave, sérieux, il s’installe derrière la console, prends une chanson ou deux au hasard et commence à bidouiller un peu le son. Il nous montre ce qu’il sait faire en somme…normal.

Les gens de la maison de disques présents ont l’air ravis, Michel et moi, pas un mot, mais juste l’oeil qui frise… on sentait qu’on allait se prendre un de nos fous rires légendaires .

Ce n’est pas qu’il était antipathique mais son aspect plutôt rude n’était pas fait pour rassurer deux inquiets comme nous.

Au bout de vingt minutes, il s’arrête et quitte la console pour nous laisser travailler. Toujours pas bavard, sans doute timide … juste au revoir en partant. Son attitude, en outre très pro, me glaçait et à voir l’oeil de Michel je savais que lui aussi était refroidi.

Je me doutais de la suite.

Quand on s’est retrouvés tous les deux, Michel me dit : «  Je me fous qu’il bosse bien, il me fout les jetons ce type là. Si on mixe avec lui, un jour il va nous tuer!! » 

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J’ai éclaté de rire , Il m’a suivi de très près… et ensuite impossible de chanter. Dès que l’on se regardait  on avait l’oeil qui frisait et ça repartait en vrille. Alors du coup nous avons diné. Michel  a commandé des sushis et nous avons passé une excellente soirée de détente et de rires avec les techniciens.

Je me souviens qu’après notre diner nous avons écouté deux ou trois chansons presque finies et nous sommes rentrés tôt, pour une fois.

En quittant le studio, j’ai raccompagné mon ami chanteur jusqu’au parking souterrain, des fois que l’ingénieur-son en question ne soit caché en embuscade, et lui veuille du mal…

J’aimais énormément l’humour de M. Delpech. J’en parle souvent et j’avoue que ça me manque beaucoup.

Je savais quand il allait en placer une. Son oeil goguenard ne me trompait pas.

Comme ci-dessous:

Nous touchons à la fin de la deuxième partie de ce chapitre . Suite au prochain épisode…

Dans la prochaine , je vous parlerai encore des séances d’enregistrement de la voix de Michel Delpech, mais aussi des choeurs, et du peu de visites que le chanteur a reçues.

Et pour vous remercier de votre fidélité, un cadeau video. Puisque le DVD « Ce lundi là au Bataclan » affiche un tarif prohibitif , un extrait de ce concert de Michel Delpech.

La chanson c’est Fuir au soleilir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B010Y2QIJA qui fut le premier single de l’album Comme Vousir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B000E0W3LA.  Elle illustre parfaitement ce qu’un «  phrasé parlé peu mélodique »  veut dire, sur les couplets. Résultat plus difficile à obtenir sur scène qu’en studio.

 

 

 

3 réflexions au sujet de « Michel Delpech: L’album « Comme vous » chapitre 8 – part 2 »

  1. Cette page est une véritable mine d’or. Présenter Michel sous ce jour, avec ses défauts et ses travers, c’est le rendre humain et cela rehausse son travail et met toute sa carrière en perspective. Je suis un « fan » depuis longtemps, parce que j’ai grandi avec ses chansons, ses airs, cette voix. Il m’était aussi familier que l’air que je respirais, que la lumière du soleil. Et puis surtout, sa plume de journaliste. Ses chansons, en deux phrases, pouvaient planter un décor, une situation, une époque. Et ça c’est fort et c’est un talent très rare. Evidemment on peut penser à « Quand j’étais chanteur » et ces mots : j’avais des boots blanches, un gros ceinturon, une chemise ouverte, sur un médaillon…j’faisais la kermesse…etc. Une écriture laser qui frappe juste et fait apparaître des images. Idem avec « Ce lundi-là », ou « Tu me fais planer ». La liste est infinie. J’ai beaucoup d’affection pour l’album « 5000 kilomètres », mais sans flagorner, cet album « Comme vous », je pense que c’est le meilleur, tout est en osmose, tout est cohérent. Maintenant, grâce à ce récit, nous savons à quel point il fallu travailler pour parvenir à ce résultat. Merci beaucoup. Il me manque tellement…

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