Michel Delpech: L’album « Comme vous » chapitre 2

 

Voici donc le deuxième chapitre de l’histoire de l’album Comme Vousir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B000E0W3LA  de Michel Delpech.

Presque deux ans après la disparition de mon ami, j’ai envie de parler de l’histoire de ce disque. Nous y avons mis tout notre coeur et nos talents mêlés.

En même temps, ce récit est celui d’une amitié sincère…et durable, malgré l’absence de ce bel auteur-interprète.

L’intérêt que vous avez porté au premier chapitre, et je vous en remercie, a précipité l’écriture de ce deuxième volet.

La vidéo ci-dessus est extraite de l’excellente interview de l’ami Michel par François Xavier Roy, bonus du DVD «  Ce lundi là au Bataclan »

Michel Delpech, l’album «  Comme vous »

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Chapitre 2 :

  • La pré-Production du disque :

Nous sommes au début du printemps 2004, juste après que Bénabar ait invité Michel à chanter avec lui au grand Rex.

Nous avons pas mal de chansons abouties, même si l’auteur perfectionniste qu’est Michel Delpech peut encore changer quelques mots de ses textes, et le compositeur boulimique que je suis peut encore proposer de nouvelles mélodies sur certains titres.

Quelques maquettes ont été faites chez moi, de manière succincte : Deux ou trois guitares jouées par mon ami Nicolas Perrot, quelques arrangements  au clavier avec mes petits doigts et beaucoup de patience, et ma voix posée en témoin.

Ces maquettes ont surtout été utiles au chanteur, qui en les écoutant en boucle chez lui ou en voiture, pouvait se les approprier facilement. Elles ont  aussi  été les bienvenues lors des enregistrements et presque jusqu’au bout de l’histoire, comme des repères pour nous.

Grâce à ces maquettes, nous avions une ambiance, une direction, que bien souvent nous étions les deux seuls à entendre.

L’important était que nous entendions tous les deux la même chose. Nous avions la même idée du produit fini. Nous étions prêts à ne rien lâcher, à ne rien laisser s’échapper.

Il fallait maintenant passer à une pré-production, puisque je le rappelle, Régis Talar par les éditions de son label – Tréma –  nous donnait les moyens d’enregistrer deux ou trois chansons pour finir de convaincre le label AZ.

Les maisons de disques, et c’est bien normal, ont besoin d’entendre quelques titres, même parfois quelques départs, pour se rendre compte de la direction prise par «  leur artiste » et ainsi suivre le projet ou pas.

En 1999, alors que j’enregistrai quelques titres personnels, mon ami Manu Bachet, artiste  aux multiples facettes et aux cheveux rouges vifs, m’avait conseillé un réalisateur du nom de Vincent Perrot, homonyme de l’animateur passionné de vitesse.

J’avais beaucoup apprécié le travail de Vincent. Prises de sons, patience, goûts musicaux etc… en plus d’être un excellent bassiste, ce qui ne gâche rien.

Pour la pré-production qui nous intéresse en 2004, je pense donc qu’il est peut être l’homme de la situation. J’en parle à Michel ainsi qu’à Régis Talar, et l’affaire est conclue assez rapidement.

Nous voilà donc quelques jours à Vincennes chez « l’ami Perrot » , deuxième du nom , pour enregistrer les fameuses maquettes et faire au besoin des essais de voix pour le chanteur.

Nous avions élu trois titres : Fuir au soleilir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B0115J1HTW , La course du voyageurir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B0115J3GUA  et « Libre mais de quoi » .

Ce dernier titre, ébauché et co-écrit avec l’ ancien complice, Jean-Michel Rivat, a été abandonné en cours de route, après l’enregistrement de la maquette. Les deux auteurs avaient des doutes sur la force de leur texte. J’ai insisté. Michel a tenté d’autres mots sur cette mélodie, puis nous avons jeté l’éponge.

A part ces trois chansons enregistrées entièrement, nous avions fait des essais de tonalités idéales pour le «  Maestro » sur toutes les chansons que nous avions en chantier.

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Les musiciens de la pré-prod étaient: Vincent Perrot (basse et programmations), Alain Kohn(Basse) et Bertrand Belin (sur les conseils de Manu Bachet) pour les guitares.

A l’époque Bertrand accompagnait Bénabar sur scène.  C’est un garçon posé, créatif et talentueux.

Nous avons vite senti qu’il fallait qu’il soit des nôtres sur tout l’album. Nous ne nous sommes pas trompé.

Par la suite Bertrand Belin a enregistré ses propres albums, atypiques et toujours très poétiques.

Il nous a aussi fait l’amitié de nous rejoindre sur scène au Bataclan et à la Cigale sur les titres « Comme vous » et « Wight is Wight ».

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Nous avons été témoins de son premier enregistrement d’album et nous étions là tous les deux pour l’applaudir dans une salle Parisienne. Michel aimait beaucoup Bertrand. Il lui trouvait une classe folle, quelque chose de British.

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  • Les préparatifs de production:

Parallèlement, nous préparions déjà la suite. Anticiper sur l’enregistrement à venir dans un futur proche.

Le plus compliqué pour nous était de trouver la bonne personne pour réaliser un bel album .

Les Anglo-Saxons l’appellent «The producer ». Celui qui met la touche finale, la couleur, sa « patte », celui qui arrange les chansons d’un album pour qu’il soit cohérent, homogène.

En France nous l’appelons le réalisateur.

Nous avons passé des heures à en parler, à chercher ce futur nouveau complice. Il nous fallait quelqu’un en qui nous avions confiance, et si possible qui entende la même chose que nous pour prendre la direction qui nous paraissait évidente.

Dans son passé, Michel Delpech avait eu de grands réalisateurs de disque. Je n’en citerai que deux:

Michel Bernholc : Immense  réalisateur – arrangeur disparu tragiquement en 2002. Il a travaillé avec la quasi totalité de la variété Française, de Berger à Sardou, en passant par Goldman. C’est lui qui a réalisé cet album magnifique qui n’a pas pris une ride encore aujourd’hui, Quand j’étais chanteurir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B000FG5PZE en 1976.

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Bill Shepherd : Talentueux producteur et grand fumeur de pipe. Il était l’arrangeur des Bee Gees, ce qui n’est pas rien. C’est à lui que l’on doit le si bel arrangement des « Divorcés ».

Nous sommes en 2004, et même si Michel Delpech dispose d’un budget confortable de la part de Tréma/AZ  pour enregistrer un album, il n’a pas la notoriété nécessaire pour espérer avoir le réalisateur de Springsteen ou le génial Daniel Lanois (pour les connaisseurs).

Nous cherchons donc en France. Nous écoutons l’un comme l’autre tout ce qui est sorti depuis 2001. Il en ressort quelques noms. Le contact est pris avec deux d’entre eux. Nous faisons un essai une journée au studio Gang.

Pour la petite histoire, le studio Gang est celui d’où sont sortis tous les tubes de Michel Berger et France Gall.

Nous nous retrouvons chez Gang. Je suis présent mais je dois garder le silence, par respect pour les deux réalisateurs qui travaillent. Le casting de musiciens est de haut niveau. Je m’assois dans un coin et j’écoute.

Les essais se font sur trois ou quatre titres finis.

A la fin de la journée, Régis Talar vient vers moi et me chuchote : « Laurent tu n’as pas l’air heureux ».

En effet, j’avais l’impression que l’on s’éloignait à grands pas de ce qu’aurait pu être ce disque. Ce n’est pas que c’était pas bien mais que ça ne correspondait en rien  à ce que j’avais imaginé. J’avais envie de hurler.

Au retour, en voiture, le trio Delpech Talar Foulon n’était pas très bavard. En se quittant, nous nous sommes donnés rendez-vous le lendemain pour une réunion avec les gens de chez AZ.

Je vais la faire courte:

En pleine réunion le lendemain, Michel Delpech annonce que je serai le réalisateur de son album. 

Je suis touché, ému, mais aussi totalement flippé. Quelle lourde responsabilité m’offre t il là?

Michel: « Laurent, personne d’autre, mieux que toi ne peut réaliser cet album, je te fais confiance. »

Ma réponse : «  OK, on y va, mais on y va ensemble! Tu es très investi depuis le début, on s’entend bien, nous avons les mêmes rêves. Je te propose de le réaliser avec moi ».

Michel :Ok

C’est exactement de cette manière que j’ai été propulsé de « compositeur des douze titres de l’album » à « réalisateur de cet album ».

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Régis Talar m’a trouvé un bureau au sein de son label, avenue d’Iéna, un endroit central sur Paris pour prendre tous les rendez vous nécessaires à la préparation de l’enregistrement, les rencontres avec les musiciens notamment.

Le bureau qu’il m’a offert pendant quelques semaines n’était pas n’importe lequel puisque c’était celui de Jacques Revaux ! Cet immense compositeur de chansons ( pour M.Sardou entre autres) avait rompu avec Tréma dont il était l’un des patrons.

Son bureau était à la taille de son talent. J’aurais pu faire mon footing dedans!

Au fond, un joli bureau derrière lequel je n’ai jamais osé m’asseoir, avec quelques objets personnels dessus. Une immense table de réunion en verre qui est devenue ma table de travail, et un magnifique piano à queue blanc que j’ai juste effleuré du bout des doigts.

Je me rappelle une petite anecdote. Quand Michel Delpech venait me voir à Paris, nous déjeunions ensemble, mais bien souvent il me laissait à la porte de chez tréma et ne montait pas dans les locaux, parce que pressé par un rendez vous ou autre.

Un jour nous arrivons en bas de l’immeuble. Michel avait du temps. Je lui dit en ricanant : « Viens donc voir mon bureau , on va prendre un café ».

Je le précède dans l’escalier. Nous arrivons devant la porte de « mon bureau », j’ouvre et me retrouve nez à nez avec… Jacques Revaux !

Michel est parti dans un fou rire dont il avait le secret. Revaux était ravi de ces retrouvailles inopinées, et moi, partagé entre éclater de rire avec mon ami et  la gêne d’avoir squatté les lieux privés de l’ex-patron de Tréma.

Bref, le compositeur de My Wayir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B00FGKGDCS nous invite à entrer pour un café et une courte discussion en me disant qu’il s’était en effet étonné de trouver une guitare au milieu de ses cartons de disques d’or.

Discussion qui s’est éternisée, tant Jacques Revaux est passionné et délicieusement bavard. Michel et moi avons fini par trouver une autre place à l’étage supérieur pour travailler un peu sur nos chansons.

C’est cet après midi là que j’ai entièrement changé la mélodie de la chanson Comme vousir?t=laurentfoulon-21&l=am2&o=8&a=B0115J30TC. Michel a écouté, apprécié et validé ce changement brutal mais ô combien nécessaire. L’ancienne mélodie – un poil gospel – a été vite oubliée.

Côté casting :

Nous avions décidé d’un commun accord de travailler avec une équipe de géants de la musique que Michel connaissait bien et quelques jeunes talents prometteurs.

Parmi les anciens, Gérard bikialo, Denis Benarrosh, Bernard Paganotti (Paga pour les intimes), bref, l’équipe de Cabrel, plus exactement et pour remettre les pendules à l’heure, l’équipe que Cabrel avait empruntée à Delpech 15 ans auparavant.

Parmi les nouveaux : Bertrand Belin, Alain Kohn (basse) et sur les conseils de « Paga », Eric Sauviat, guitariste extrêmement talentueux et intuitif, ancien membre de « Daran et les chaises », nouveau venu chez Francis Cabrel.

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Bernard Paganotti, très ami avec Michel, nous a aussi soufflé le nom de Christophe Marais pour le son. Un choix de qualité et j’en parlerai longuement dans le chapitre à propos de l’enregistrement. En outre je pense qu’il est le meilleur ingé -son studio en France.

Quand Denis Benarrosh nous annonce qu’il ne pourra pas être présent aux début des séances, je lui demande s’il connaît quelqu’un dont le jeu de batterie serait proche du sien. Il m’invite à rencontrer David Maurin. Je l’appelle, on prend un verre ensemble, ça fonctionne tout de suite. Au final c’est David qui jouera la majeure partie des batteries et qui nous suivra sur la tournée.

Bernard Paganotti, de son côté  ne rechigne pas à partager les séances avec un bassiste en devenir.

Au contraire, quand je réunis tous les participants autour de la grande table en verre de Jacques Revaux, Paga trouve les mots pour rassurer le jeune Alain Kohn et le mettre très vite à l’aise.

La classe des Seigneurs!

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Denis Benarosh et Paga

Je reviendrai longuement sur les musiciens dans les chapitres suivant. Je raconterai les séances d’enregistrement, la gentillesse de tous ces grands musiciens, leur patience parfois…non, souvent!

Il faut dire que j’étais gâté pour ma première « réal ». Je devais diriger tous ces talents et essayer de magnifier la voix de velours de Michel Delpech, la plus jolie voix Française qu’il soit à mon oreille.

L’équipe était formée, le studio Acousti, rue de seine, était élu à l’unanimité. Nous allions nous installer, plus soudés et déterminés que jamais, dans cet endroit idéal pour de longues et passionnantes semaines…

La vidéo ci-dessus est extraite de l’émission « acoustic live » sur TV5 Monde.

N.B. Si le CD « Comme vous »  demeure compliqué à trouver, sachez qu’il existe en intégral en MP3.

 

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